[PORTRAITS]

29/01/2026

Rencontre avec Karine REYSSET, écrivaine.

Entre souvenirs d’enfance et maisons de famille, Karine REYSSET tisse une relation intime avec la Côte d'Amour. Ces lieux deviennent des décors vivants où se construisent ses récits, sa mémoire et ses personnages.

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Bonjour Karine, Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a donné envie d’écrire ? 
J’ai toujours écrit, du plus loin de l’enfance. Poésie, piécette de théâtre, bouts de journaux intimes quand j’étais triste, rédactions, fausses enquêtes de police, début de romans… À dix-neuf ans, j’ai terminé une histoire, et l’ai envoyée à un éditeur. Sans me l’être jamais formulée, je voulais devenir écrivaine. J’ai été publiée pour la première fois en 2003 avec un récit, « L’inattendue ». Et je n’ai jamais arrêté depuis…

    Quels sont les thèmes ou les atmosphères que vous aimez particulièrement explorer dans vos livres ? 
    Mes textes, qu’il s’agisse de romans et récits, de livres pour la jeunesse, de poésie, et même du scénario du roman graphique que j’ai écrit avec mon compagnon, tournent tous autour de la famille, de la maternité, du couple, de la fratrie, de l’enfance et des fantômes. J’interroge la place des uns et des autres. Je cherche à garder des traces, à sauver ce qu’il y a à sauver. J’alterne les atmosphères assez douces et d’autres plus sombres. C’est le cas dans mon prochain roman « Un conte de fées » qui sort début mars. C’est un conte de fées des temps modernes qui tourne mal. Il traite des violences conjugales, même je ne fais pas de livres thématiques. Je donne vie à des personnages, c’est tout.

    Comment naissent vos histoires et comment leur donnez-vous vie jusqu’au roman ?
    Une histoire peut venir d’un désir de travailler sur un motif (par exemple : raconter l’histoire d’une famille sur quarante ans via leur maison de vacances comme dans « Dans la maison d’été ». Souvent, ça peut être un faisceau d’éléments —un documentaire sur un sujet, une exposition de photos, la découverte d’un lieu, etc. — que je vais chercher à faire tenir dans une même histoire. Un roman peut partir aussi d’une phrase qui s’impose et qui me donne l’impulsion, le souffle, la voix. Il y a l’histoire proprement dite, et la manière de la raconter, pas seulement l’écriture, mais aussi le « dispositif ». Quand j’écris des romans, je pense « cinéma », je n’écris pas des chapitres, mais des scènes que je couche sur mes cahiers au fil de mon inspiration, de mon état intérieur. D’ailleurs, la part du temps, je n’écris pas le livre de façon linéaire, mais dans le désordre, puis je procède au montage comme pour un film. Les lieux sont très importants pour moi. J’ai besoin de les connaître ou de les avoir connus pour y faire vivre mes personnages. Je pratique souvent une écriture « du carnet » où je prends des notes sur l’endroit où je me trouve.

    Dans « Dans la maison d’été », l’histoire se déroule au Pouliguen. Quel est votre lien personnel avec ce lieu, et pourquoi l’avoir choisi comme décor du roman ? 
    J’ai choisi le lieu avant toute chose, j’ai même choisi la maison en question, que j’ai rebaptisée « Les Hortensias ». Je voulais raconter la vie d’une petite station balnéaire au fil des années et des saisons. Le Pouliguen est un territoire d’écriture vierge pour moi. Mon compagnon (Olivier Adam), ma fille (Juliette Adam) et moi-même avons beaucoup exploré la Bretagne nord et la côte d’Emeraude où nous avons vécu pour y inscrire nos histoires. Je devais m’immerger in situ pour faire vivre la famille Reiss. Le fait que mes parents aient une résidence secondaire au Pouliguen m’a facilité la tâche. J’avais déjà écrit un roman pour adolescents, « Les Yeux de Lisa » qui se passait entre Pornichet et La Baule, puisant dans des souvenirs de vacances avec une cousine quand j’avais dix-sept ans.
    Pour finir, en quoi La Baie de La Baule occupe-t-elle une place particulière pour vous, et quels endroits y affectionnez vous le plus ?
    Pour l’un de mes précédents livres, « Trois mois et un jour », j’ai fait une enquête familiale et j’ai découvert qu’il y avait encore plus d’attaches avec la région que je ne le pensais. Ma grand-mère maternelle a vécu au Pouliguen, elle jouait, enfant, dans le bois et logeait dans l’école publique dirigée par mes arrière-grands-parents. Petit, mon grand-père maternel habitait à Pornichet, notamment avec sa sœur Hélène, qui deviendra la poétesse Hélène Cadou qui a tant écrit sur « le pays blanc ». Plus tard, mes grands-parents ont acheté ensemble une maison à La Baule-les-Pins, appelée « Grand-Élan », en hommage à un poème de René-Guy Cadou, leur beau-frère. Ma mère y a passé tous ses étés avec ses cousins et cousines. Mes premiers souvenirs de vacances étaient sur la plage de La Baule. Je devais avoir cinq ans. Peu d’années après, la villa a été vendue. En plus du Pouliguen, auquel je suis très attachée et où j’ai mes habitudes depuis quinze ans, j’aime beaucoup Batz-sur-Mer et la côte sauvage évidemment, mais aussi la pointe de Pen Bron, Piriac et les marais salants. Il me reste encore beaucoup à découvrir. La Côte d’Amour et le bassin guérandais font désormais partie de ma géographie intime. La pointe de Penchâteau et la promenade du port du Pouliguen y occupent une place particulière.


    Retrouvez tous les romans de Karine Reysset, dont « Dans la maison d’été », qui se déroule au Pouliguen, publié aux éditions Flammarion, sur leur site : ici